Un attouchement
Elle touche la peau à la suite de la caresse féline de ses doigts. Elle ne sait pas encore que les deux peaux, l’une humaine et l’autre domestiquée, ne sont pas compatibles avec sa main. Il n’y a pas d’ordre spécifique dans le tâtonnement, car au moment du contact, la peau humaine, sensible, réagit par un déplaisir. Pourtant, il n’éprouve ni culpabilité, ni responsabilité dans les affaires dermiques étrangères.
L’effet se fait sentir dans le ruisseau du temps, arrivant à sa cascade finale. Personne ne peut prévoir ce phénomène. L’instant qui le précède est un plaisir incontrôlable, ou en tout cas, les mots ne peuvent saisir l’image qui surgit lorsque la peau s’approche de l’autre. L’ignorance, toutefois, est imprévisible, ou peut-être la mémoire est-elle trop faible dans l’instant présent. La conséquence est dès lors une démangeaison éternelle, semblable à l’image d’un fleuve chutant du sommet du relief, créant une éclaboussure lorsqu’il touche l’eau qui l’attend en bas.
Qui pourrait comprendre qu’une telle magie noire laisse des marques rougeâtres sur la peau ? Les dés pourraient parier sur cette empreinte de l’amour, mais le doute est déjà semé dans l’Olympe souffrant, cherchant à apaiser l’éclatement de la douleur dermique. Ce qui suit est la quête de l’origine de cette souffrance : est-elle réellement l’amour ou la transmission physiologique d’une contradiction animale ?
Le temps, maître de toute guérison ou de toute mort, fournit des réponses méthodiques et irrationnelles dans cette bataille entre la douleur et la caresse de l’amour. Il oublie qu’il y a deux peaux, pourtant bien vivantes, qui ne peuvent se toucher, ni directement ni indirectement. Quelle tristesse alors pour notre catalyseuse que, dans sa passion pour ces deux êtres tapis, l’une réagisse immédiatement tandis que l’autre, qu’elle soit sauvage ou domestiquée, ne laisse aucune trace.
Les yeux perçoivent les conséquences en se souvenant de la fragilité des deux bellâtres caressés, notamment celui qui partage l’essence de la caresseuse. Il a fallu que le temps progresse jusqu’à la naissance du crépuscule pour voir l’éruption rougeâtre de la peau et l’envie irrépressible de toucher violemment, en quête d’un remède possible à ce volcan douloureux. L’ignorance des pupilles, surtout celles attachées au corps souffrant, apaise l’agitation de la chair dans la contemplation du cosmos extérieur.
Le ressenti partagé naît lorsque les perles noires percent le phénomène en cours. La mémoire reprend vie, se rappelant qu’à l’interphase entre les deux corps, il n’y en avait aucune. L’action est immédiate alors : une crème apaisante est versée sur l’espace dermique, soulageant le flux croissant de la douleur, qui restera pourtant vive dans l’imaginaire du regard.